Dans la plupart des ordres religieux, comme vient de nous l’expliquer Gérard Guillaume (voir dans Histoire – Les Convers 1ère partie), les convers n’ont, ni les mêmes droits, ni la même vêture. Partout on cherchera à les différencier, voire même à les tenir à l’écart de la vie purement spirituelle de l’abbaye ou du prieuré. A titre d’exemple, on va prévoir, dans les abbayes cisterciennes notamment, une ruelle des convers, qui longe, mais évite soigneusement, les galeries du cloître pour que ceux-ci puissent effectuer leurs travaux, sans perturber la vie du cloître où vaquent les clercs (les prêtres). Toujours dans les abbayes de l’ordre de Cîteaux, ils n’auront pas non plus le même dortoir. Celui-ci est placé à l’opposée du dortoir de clercs. Et enfin, ils ne portent pas le même vêtement. Dans certains ordres, ils ne pouvaient pas entrer dans la salle du chapitre et encore moins y exprimer des remarques ou y faire de commentaires. Ils avaient juste le droit d’assister au rassemblement de la communauté des clercs, depuis la galerie du cloître, mais avaient obligation d’y recevoir la discipline en cas faute. Peut-être d’ailleurs avons-nous gardé de cette époque l’expression « Ne pas avoir droit au chapitre ». A confirmer…

A Grandmont, rien de tout ça. Avant même que la petite communauté ne prenne le nom de Grandmont, alors qu’elle était encore à Muret sous la conduite de saint Etienne, lui-même va confier aux convers (Laïcs convertis) toute la gestion de tout le temporel. Faut-il rappeler qu’Etienne, dont on nous dit qu’il avait été consacré diacre, n’a lui-même jamais voulu devenir prêtre, par humilité ?

Rien dans les préceptes de vie évangélique que va laisser le saint à ses premiers disciples et que ceux-ci vont soigneusement consigner, ne différencie les convers, des clercs. On peut donc en conclure qu’au moins dans les premiers siècles de l’ordre naissant, les convers de Grandmont portent le même vêtement, partagent le même dortoir, les mêmes petits bâtiments, sans distinction avec les clercs. Saint Etienne leur donne même autorité sur les clercs concernant les travaux quotidiens que la communautée doit effectuer. On sait juste que contrairement aux clercs, les convers de Grandmont pouvaient porter la barbe, mais sans obligation. Hugues De La Certa, disciple convers très aimé de saint Étienne, portait la barbe. D’ailleurs, en observant une plaque émaillée du XIIème siècle conservée au musée de Cluny à Paris, qui représente Hugues De La Certa et saint Étienne de Muret, on remarque que le saint patron de l’ordre est lui-même représenté avec une barbe, tout comme son disciple…

Vu ainsi de l’extérieur, ces pauvres ermites donnent au peuple de l’époque, un bel exemple de vie communautaire fraternelle, dans une parfaite unité. Si l’on rajoute à cela que pour rester pauvre et être charitables, ils redistribuaient les aumônes qu’ils recevaient, on comprend beaucoup mieux pourquoi ce même peuple leur donnera le surnom de « bonshommes ». Surnom que l’on retrouve encore aujourd’hui autour des lieux de leurs anciennes fondations.

Mais la cupidité des uns, l’envie de pouvoir des autres, feront que peu à peu, cette belle unité tant souhaitée par saint Étienne, sera bien mal menée. Les clercs de Grandmont, dans un « pur souci d’égalité » avec les autres ordres religieux de l’époque, reprendront pouvoir et autorité sur les convers. Pour cela ils en référeront au Pape qui tranchera. Ces « guéguerres » intestines finiront par pousser les convers de Grandmont jusqu’à la révolte…