J'ai trouvé sur Internet ce texte (heureusement traduit de l'allemand, ouf...) qui prouve que, même nos amis d'outre Rhin se posent des questions sur l'ordre de Grandmont et surtout, son architecture. Je vous le livre "recto-tono" sans y avoir rien retouché. N'hésitez pas à y apporter des commentaires. Nous en rediscuterons en septembre maintenant. Je vous souhaite bonnes vacances à tous…

Kurzfassung in Französisch

Quel ordre religieux fondé au XIIe siècle a essaimé cent cinquante prieurés en France? Il s'agissait de l'ordre de Grandmont. Les Grandmontains sont connus par différentes études en France mais ils n'ont jamais suscité une étude comparative avec les autres ordres monastiques réformés du XIIe siècle. C'est pourtant en effectuant cette comparaison que la rigueur et l'exigence de la règle de Grandmont se distingue et ce jusque dans les tous les aspects de la vie monastique, y compris l'architecture.

L'ordre de Grandmont a été fondé en 1074 par Etienne de Muret. Après avoir passé sa jeunesse en Italie, Etienne de Muret s'installa sur le lieu d'Ambazac en Limousin pour vivre en ermite. Il eut des disciples et, au moment de sa mort, en 1125, la petite communauté comptait déjà plusieurs prieurés. Par un mode de vie extrêmement sévère et une règle très austère, les moines eurent une grande renommée et furent bientôt appelés «bons hommes. C'est ainsi qu'ils purent fonder environ cent cinquante prieurés jusqu'au début du XIIIe siècle. L'ordre connut son plein essor dans les années 1170-80, et trouva son point culminant au moment de la canonisation d'Etienne de Muret, en 1189. Mais, assez vite, des révoltes de convers et différentes crises exigèrent des réformes. Après la réforme de 1317, qui modifia le visage de l'ordre en le ramenant à un ordre quelconque, la Guerre de Cent Ans et les Guerres de Religion l'affaiblirent. Il fut finalement dissout par la Commission des Réguliers au XVIIIe siècle sous Louis XVI.

Il reste aujourd'hui en France environ cinquante prieurés qui conservent d'importants éléments d'architecture. Ceux-ci montrent de manière étonnante que les Grandmontains ont dû suivre des instructions exactes lors de la construction de leurs monastères. Pendant un siècle entier, l'ordre suivit avec beaucoup plus de ferveur que les Cisterciens un seul plan-type. Il fut réalisé dans le moindre détail par exemple en ordonnant le nombre de fenêtres de chaque salle du monastère. Toutefois, ce plan-type existait-il sur papier ou était-il transmis oralement?

La disposition des bâtiments dans le monastère grandmontain varie peu. S'agit-il d'un plan-type classique de monastère bénédictin? Ou ce plan-type est-il propre aux Grandmontains ? D'un monastère grandmontain à un autre, quelques variations apparaissent. Comment ces variantes peuvent-elles s'expliquer? S'agit-il de particularités régionales ou d'initiatives personnelles des travailleurs recrutés? Existe-t-il des influences suprarégionales?

La comparaison des motifs architecturaux des principaux ordres réformés montre une ressemblance étonnante et un même essai de simplification des formes que chez les Grandmontains. Mais aucun des autres ordres des XIe, XIIe ou XIIIe siècles n'a réussi à concrétiser un plan-type identique avec la même vigueur que les Grandmontains. Les ordres monastiques qui se rapprochèrent le plus de Grandmont dans ce souci de simplification furent les ordres de Vallombreuse en Italie, Artige et Chalais en France. Les ordres de Fontevrault et de Tiron furent fortement influencés par leurs régions et renouvelèrent souvent leurs monastères en les transformant en de grandes installations monumentales. Les Camaldules en Italie et les Chartreux développèrent un type propre. Malgré certaines variations dans le plan au sol, le plan-type est reconnaissable, notamment dans la régularité des formes. S'agissait-il d'un développement parallèle des formes? Ou d'une influence directe de Grandmont? Quels ordres furent les modèles des autres ordres?

Tandis que les Camaldules et les Chartreux restèrent des ordres érémitiques, les autres ordres réformés conservèrent seulement par quelques aspects la vie érémitique dans leur architecture. Tous les ordres religieux ont notifié par écrit la forme de leurs monastères. La plupart suivirent scrupuleusement les directives qui s'apparentaient à des lois de construction. Les Cisterciens s'éloignèrent le plus de leur forme originelle, et ce sont pourtant ceux qui eurent le plus de directives architecturales au fil du temps. S'agissait-il donc davantage de critiques concrètes de monastères cisterciens existants que de réelles lois de constructions?

L'étude de l'architecture de Grandmont apporte un nouvel éclairage non seulement sur l'ordre de Grandmont lui-même, mais également sur les ordres monastiques du Moyen-âge. Les spécialistes contemporains citent généralement les Cisterciens comme instigateurs de l'architecture monastique en Europe. Cette renommée architecturale semble être exagérée. L'idéal monastique de pauvreté a plus été respecté dans d'autres ordres, notamment dans celui de Grandmont. Sans vouloir rendre justice aux Grandmontains, cette étude ouvre de nouvelles perspectives dans la connaissance du monachisme européen.