Le net est un outil formidable. Cette fois je vous propose de lire le travail très complet "d'Elisabeth" que j'ai découvert sur http://nordetsud.hautetfort.com/

Bonne lecture.

LE PRIEURE DE SAINT MICHEL DE GRANDMONT

Situé à une dizaine de kilomètres de Lodève, sur un plateau désert dominé par les falaises du Larzac, le prieuré Saint Michel de Grandmont est un de ces lieux privilégiés où la spiritualité s'y exprime à travers des monuments datant de la fin du Néolithique jusqu'au Moyen Age. Particulièrement épargné par le temps et les guerres de religion qui sévirent dans la région, le petit monastère appartint pourtant autrefois à l'un des ordres monastiques parmi les plus stricts du Moyen Age : l'Ordre de Grandmont en Limousin.

Un lieu déjà chargé d'histoire 

Ce n'est certainement pas par hasard que le lieu ayant servi à l'implantation du prieuré Saint-Michel de Grandmont a été choisi par les moines de cet ordre né au Moyen Age. Toutes les études archéologiques menées sur ce site semblent en effet démontrer qu'il a été habité depuis plusieurs milliers d'années. A l'appui de ces thèses, la présence sur le terrain, et dans les proches environs, de nombreux dolmens, en plus ou moins bon état de conservation, mais qui prouvent l'existence de l'homme depuis la période néolithique (fin de la Préhistoire). 

Une étude de l'implantation de ces dolmens montre en effet qu'ils sont relativement alignés en bordure du Plateau du Larzac, puis en-dessous de ce plateau sur deux terrasses plutôt orientées vers le Sud. La présence de nombreuses sources dans cette région, comme sa position privilégiée en surplomb de plusieurs vallées en ont fait un lieu privilégié pour l'homme. 

Dans l'actuelle propriété privée incluant le prieuré de Saint-Michel de Grandmont, deux dolmens érigés et les traces d'un 3ème sont encore visibles. Situé à l'ouest du prieuré, le plus connu en même temps que le plus exceptionnel, avec son ouverture en porte de four, est sans conteste celui du Coste Rouge. A l'est du prieuré, le Dolmen du Belvédère, relevé depuis quelques années par les actuels propriétaires, se trouve à proximité d'un autre dolmen, malheureusement en ruine, mais qui permet, grâce aux fouilles effectuées récemment par le Groupe Archéologique Lodévois, d'en délimiter les contours. S'il est désormais acquis que les dolmens n'étaient autres que des sépultures collectives, pouvant en certains lieux contenir plusieurs dizaines de corps, plus énigmatiques et prêtant à toutes les hypothèses, même les plus saugrenues, sont les pierres taillées disséminées dans le parc du prieuré. 

Habité depuis des milliers d'années, ce lieu n'a pourtant élaboré sa renommée qu'au Moyen Age, date à laquelle fut construit le prieuré Saint Michel de Grandmont. 

L'ORDRE DES GRANDMONTAINS

Né au Moyen Age, dans le courant du grand mouvement monastique de l'époque, l'ordre de Grandmont ne connut pas la même renommée que celle des Bénédictins, des Chartreux ou des Cisterciens, datant pourtant de la même époque. L'austérité de sa règle est probablement à l'origine de ce qui le démarque des autres ordres monastiques d'alors, bien que tous reposaient sur le même idéal de pauvreté et d'humilité. 

Fondée en 1076 par l'ermite Etienne, la communauté des ermites de Muret (Limousin) s'était retirée à la mort de son fondateur (1125) dans un lieu encore plus sauvage, appelé Grandmont, qui devait lui laisser son nom. L'ordre se développait alors assez rapidement dans les régions limitrophes, créant des maisons appelées "celles" en Poitou, Auvergne et Languedoc en particulier. C'est ainsi que moins d'un siècle après la mort d'Etienne de Muret, l'ordre comptait déjà près de 150 celles dans le centre et le sud-ouest de la France, le monastère du Lodévois étant l'une des quatre implantées en Languedoc. 

La simplicité et le dépouillement de ces celles reflètent assez bien ce qui était imposé aux religieux, familièrement appelés "les Bonshommes", par la Règle de Saint-Etienne. 

Celle-ci imposait en particulier à ses membres une solitude absolue. Ce qui explique en partie le fait que les celles aient souvent été fondées dans des endroits isolés, parfois clôturés naturellement par des forêts. Jeûne, silence et pauvreté, individuelle ou collective, étaient imposés aux moines, lesquels devaient survivre grâce à leurs aumônes et leur travail manuel au sein de leur celle. 

Suite à une grave crise disciplinaire, par manque de hiérarchie et d'autorité véritable, l'ordre des grandmontains fut réorganisé en 1317 parle pape Jean XXII. Celui-ci plaça à sa tête un abbé général et regroupa les quelques 150 celles existantes en 39 prieurés conventuels, dont celui de Saint-Michel de Grandmont, en terre lodévoise. Dans le même temps, certains assouplissements furent apportés à la Règle. Mais ceci n'empêcha pas le déclin progressif de cet ordre au cours des siècles suivants. Un déclin accentué par la Guerre de Cent Ans et les guerres de religion. Ainsi en fût-il pour le prieuré de Grandmont, en dépit d'un dernier sursaut relevé au cours du XVIIe siècle. 

L'EGLISE ET LA CHAPELLE SAINT MICHEL DE GRANDMONT

Ces deux éléments du prieuré, construits à la fin du XIIème siècle et au début du XIIIème, reflètent bien l'austérité de la spiritualité Grandmontaine au temps de son apogée. 

Bâtie à la fin du XIIème siècle, l'église constitue la partie la plus ancienne du prieuré. Par son extrême simplicité, elle correspond bien aux traditions architecturales des grandmontains. Avec ses murs en grès, épais d'environ 1,30 m, elle ne comporte aucun contrefort. Seuls apparaissent encore, sur la façade nord, un rang de corbeaux de pierres destinés à recevoir les sablières de l'ancien "porticum", galerie de bois pouvant servir d'abri aux éventuels fidèles et de parloir aux moines. Désormais en lieu et place de ce porticum, on trouve la chapelle Saint-Michel, datant du XIVe siècle, dont l'appareil contraste avec celui de l'église. Cette chapelle était plus particulièrement destinée aux femmes et aux pèlerins de passage qui n'étaient pas habilités à fréquenter l'église du prieuré. La nef de l'église, autrefois réservée aux seuls frères, est on ne peut plus nue. Longue de 20,60 m et large de 6,70 m elle ne possède aucun arc, pilier ou même ouvertures latérales. Sa voûte, unie et sans renforts, est désignée sous le nom de "vouta plana". La nef est prolongée à l'est par une abside semi-circulaire, plus large que la nef (7,80 m), voûtée en cul-de-four, et bien éclairée par trois hautes fenêtres en plein cintre, ébrasées vers l'intérieur, qui ont été récemment démurées et équipées de nouveaux vitraux d'une belle sobriété. 

Trois portes donnent accès à cette église. Le portail principal, contrairement à ce qu'on pourrait le penser, n'est pas la grande porte située dans la façade occidentale. Celle-ci ne date en effet que du XIXème siècle et sa grandeur n'a d'autre explication que l'utilisation de l'édifice en cave. Le portail principal s'ouvre donc dans le mur nord, selon la coutume de l'ordre. Et dans cet univers d'austérité, il fait presque figure de décoration importante, avec son arc brisé, préfigurant déjà le gothique, et reposant sur des colonnettes portant des chapiteaux sans fioritures. 

Ce portail était semble-t-il destiné aux rares fidèles admis dans l'église. Quant à la troisième porte, dépourvue de tout décor, elle donne accès directement au cloître, côté sud. C'était la porte des moines. 

La seule note d'originalité de cette église se trouve à l'extérieur, sur le versant sud de sa toiture, il s'agit en effet de son clocher octogonal, datant du XIIIe ou XIVe siècle : une sorte de lanterne ajourée surmontée d'un petit dôme de pierre. Ce clocher est visible du cloître.