A la mort de Pierre de Limoges en 1137, c’est Pierre de Saint Christophe qui fut élu comme nouveau prieur. Cet homme simple et doux, passait son temps, dit-on, à prier en pleurant à chaudes larmes jusqu'à sa mort en 1139.

C’est Etienne de Liciac qui fut élu ensuite prieur le 6 juillet 1139. Il me paraît important de citer ce prieur et ceci pour plusieurs raisons. On le dit de nature austère et très zélé pour la discipline ordinaire. C’est sous son priorat et son impulsion que l’ordre naissant va se doter d’une règle organisant la vie des frères. Cette règle de 65 articles, propose une vie monastique basée sur l’évangile. Elle repose sur les enseignements du fondateur rapporté par quelques frères l’ayant côtoyé et particulièrement Hugues de la Certa, disciple très aimé de celui-ci. Cette règle fut rédigée entre 1140 et 1150 et fut approuvée et confirmée le 25 mars 1156 par le pape Adrien IV qui fit l’éloge de cette communauté suite à un rapport très favorable des évêques de Cahors et de Limoges. Un exemplaire de la règle fut envoyé dans chacune des celles. Afin que le lecteur puisse se faire une idée, j’en donne ci-dessous les grandes lignes :

- obéissance à Dieu et au pasteur qui dirige la communauté.

-  vie dans la solitude d’un lieu retiré.

- prière dans la contemplation et le détachement des bien matériels.

- refus de possession de terre en dehors de l’enclos de chaque maison.

- refus de toute fonction paroissiale ou évangélique.

- non tenue d’archives pour ne pas être tenté de plaider en justice.

- non possession de bétail ni de revenu agricole.

- accueil des pauvres avec bienfaisances dans chacune de leurs maisons.

- refus du service temporel.

L’originalité de cette règle, est que l’administration de chaque celle est confiée à un dispensateur choisi parmi les convers.

Cette disposition unique au sein des ordres religieux, engendrera par la suite de nombreuses crises entre clercs et convers. Dans les années qui suivirent, un coutumier fut rédigé et attesté par une bulle d’Alexandre III de 1171 - 1172. Ce dernier montre une évolution dans le fonctionnement des celles par rapport à la règle primitive. Contrairement à celle-ci, c’est un clerc qui sera le correcteur de chaque maison. Il tiendra chaque jour le chapitre, fera la discipline pour tous les frères, clercs comme convers et il aura autorité sur le dispensateur.

C’est également pendant le priorat d’Etienne de Liciac que l’ordre va vivre sa plus grande expansion. Lorsqu’il est élu prieur en juillet 1139, il existe 12 celles. Certaines, comme je l’ai dit, existaient déjà du vivant de saint Etienne. A la mort d’Etienne de Liciac, en 1163 on en dénombrera plus de 74 réparties dans plusieurs diocèses, soit plus de 62 celles fondées en 24 ans. Cette expansion fulgurante est due en grande partie aux libéralités du Roi d’Angleterre Henri II Plantagenet qui épousa Aliénor d’Aquitaine en 1152 faisant ainsi de l’Aquitaine, une terre anglaise. Le couple Royal comblera les frères de Grandmont dès 1157. Elle est probablement due aussi à un afflux de novices pendant toutes ces années du fait de la réputation des frères ermites de Grandmont. De par cette réputation ascétique, de très nombreux seigneurs y compris le roi de France, voudront donner des terres aux grandmontains et ainsi faire de nouvelles fondations. C’est à cette époque que l’ordre va atteindre son apogée.

Dans les années qui vont suivrent, plusieurs crises entre clercs et convers vont secouer l’ordre. Elles reviendront régulièrement au cours des siècles et de façons répétitives.

Quasiment à chaque fois, le pape interviendra et modifiera la règle primitive en en faisant peu à peu une règle bénédictine parallèle.

Les préceptes de vie, recommandés par saint Etienne à ses premiers compagnons, l’esprit même de vie d’ermite avait vécu…